Son geste est ample, simple, assuré.
Elle navigue en art martial : elle fait des ronds et des ellipses : elle fait la loi en tournant ce qu'elle appelle une roue.
Noire du bitume brulant et le dos flashy de canicule, elle revêt un arbre blanc. Sa casquette est sombre : elle permet la sortie de son chignon, dernier rappel de la féminité lunaire et des anciennes Lois.
Son regard est acéré : elle contrôle et se doit d'assurer, mais ses en-coins et recoins furtifs du regard épervier laissent passer l'émotion par les preuves, pendant qu'elle assure, en habit noir, témoin gestuel-actif des diverses circulations.
Mort aux vaches mais
la jeune femme aide à faire traverser les jeunes enfants.
vendredi 3 juillet 2009
dimanche 21 juin 2009
solstice d'été
En cette nuit fiévreuse mystique du 21 au 22 juin, comparable à celle de Pascal en date du 23 novembre 1654, quand celui-ci reçut la "conversion", je fus pris de soubresauts convulsifs, mais moins intensément que le 03 mars, lorsque la question me fut pour la première fois évidente, dans le silence anesthésique, presque réprobateur des infirmières, aides-soignantes, guérisseuses et assistantes en réanimation.
La Sainte Face du Boddhisatva m'apparut plusieurs fois pendant que je crus littéralement mourir; la théorie de la relativité à visage humain m'apparut clairement et durablement.
La veille au soir, avant d'aller dormir, dans la crainte d'une fraicheur nocturne, Sylvie avait décidé de passer la nuit avec son ensemble noir moulant. Pour tester mon détachement, elle avait cru bon de me le dire, en insistant sur la texture et le peu de tissu composant ledit ensemble. Mon moi avait fait bonne figure mais à peine dissous dans les brumes du sommeil, mon ça frappé d'amnésie ne cessait de s'agiter et de râcler les draps. Dire que l'après-midi même, j'avais glosé sur l'effacement de l'ego face à la pérennité bouddhique du Soi; l'ironie du sort ne cessait de me rappeler à une cruelle et quotidienne déraison, toute sagesse s'évanouissant dans les tourments du désir.
La saison ne faisait que commencer...

La veille au soir, avant d'aller dormir, dans la crainte d'une fraicheur nocturne, Sylvie avait décidé de passer la nuit avec son ensemble noir moulant. Pour tester mon détachement, elle avait cru bon de me le dire, en insistant sur la texture et le peu de tissu composant ledit ensemble. Mon moi avait fait bonne figure mais à peine dissous dans les brumes du sommeil, mon ça frappé d'amnésie ne cessait de s'agiter et de râcler les draps. Dire que l'après-midi même, j'avais glosé sur l'effacement de l'ego face à la pérennité bouddhique du Soi; l'ironie du sort ne cessait de me rappeler à une cruelle et quotidienne déraison, toute sagesse s'évanouissant dans les tourments du désir.
La saison ne faisait que commencer...

dimanche 16 novembre 2008
mercredi 1 octobre 2008
lundi 29 septembre 2008
Les 99 Noms d'Allah (notes)
" Certes, Dieu a quatre-vingt-dix-neuf noms, cent moins un. (Hadith) "
La question des noms du divin est commune à la plupart des religions. Pour les chinois le mot Tao est le pseudonyme de l’ineffable. Lao Tseu écrit : » La voie qu’on énonce n’est pas la Voie - le nom qu’on prononce n’est pas le Nom ». Cette attitude se retrouve dans le judaïsme ou le nom de Dieu révélé à Moïse était prononcé une fois, lors du nouvel an par le grand prêtre et ne l’est plus depuis la destruction du Temple. Chez les auteurs chrétiens, la méditation sur les noms divins dit quelque chose de l’être de Dieu tandis que pour L’Islam les noms de Dieu renvoient à des attributs mais la réalité même de Dieu est indicible. "
Explications :
1
ALLAH a fait de Sa miséricorde cent parties. IL en a retenu les quatre-vingt-dix neuf centièmes, et en a réparti le centième restant sur toutes Ses créatures. Et c’est en raison de cette fraction de Sa miséricorde, que la jument lève sa patte pour ne pas heurter son poulain.
Et c'est aussi par ce centième de la miséricorde divine, que l’être créé peut être qualifié à l’occasion de "rahime", soit le clément. Cela n’a bien sûr, nulle commune mesure avec le même qualificatif qu’Allah s’est donné dans l’en-tête ci-dessus. L’ampleur du qualificatif en l’occurrence, est bien sûr à la mesure de la majesté du qualifié. A l’échelle humaine, la générosité pécuniaire d’un homme riche n’a nulle commune mesure avec celle d’un homme indigent.
Comme ALLAH s’est réservé le reste de la miséricorde, et comme le centième restant provient de toute Sa miséricorde, IL s’est attribué le superlatif d’ "Arrahmane". il s’agit de ce fait d’un qualificatif propre au Seigneur. Nulle créature ne peut donc être qualifiée de Arrahmane. Il est donc manifestement inapproprié de le traduire par les termes « le très miséricordieux » car l’on peut dire qu’un tel homme est très miséricordieux. Le qualificatif "Arrahmane", tel que nous l’avons expliqué ci-haut, n’a pour ainsi dire, pas d’équivalent dans la langue française. Pour en rapprocher le sens exact, nous lui avons substitué l’expression suivante : « détenteur de toute la miséricorde » Et c’est en raison de ce dernier qualificatif qu’au bas-monde, même celui qui nie l’existence même d’Allah, profite pourtant de Son incommensurable miséricorde.
2
« Allah a un centième nom, un nom caché. Seul le chameau le connaît. Voyez comme il regarde les hommes d'un air supérieur. Je vais vous le révéler, ce centième nom. Allah se nomme encore Beauté ».
3
Selon Ibn Arâbi, la connaissance de Dieu ne peut qu'être incomplète dans la connaissance du centième Nom de Dieu.
sources :
http://books.google.fr/books?id=hctFJF7axHgC&pg=PA42&lpg=PA42&dq=le+centieme+nom+d%27allah&source=web&ots=2k4dwdKKIa&sig=xt_24fOUXvJPrtmF3PZznwuFZo8&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=7&ct=result
http://doc.artblog.fr/r4084/Symboliques/
http://www.google.fr/search?hl=fr&q=le+centieme+nom+d%27allah&btnG=Rechercher&meta=
http://www.orientalement.com/n-les-99-noms-d-allah.html
http://www.mounirfatmi.com/2sculpture/face.html
http://aminour.unblog.fr/tag/a-comme-allah/ses-noms/page/1/
http://www.trouveurdor.com/soufi.htm
www.soufisme.org
http://books.google.fr/books?hl=fr&id=ST5-zPl_RdEC&dq=Unit%C3%A9+de+l%27%C3%AAtre+et+dialectique++De+Tristan+Dagron&printsec=frontcover&source=web&ots=6KaXa29t7Q&sig=D9mcpyvRH-64KorcOQkQ_huKKMs&sa=X&oi=book_result&resnum=3&ct=result#PPA15,M1
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Arab%C3%AE
La question des noms du divin est commune à la plupart des religions. Pour les chinois le mot Tao est le pseudonyme de l’ineffable. Lao Tseu écrit : » La voie qu’on énonce n’est pas la Voie - le nom qu’on prononce n’est pas le Nom ». Cette attitude se retrouve dans le judaïsme ou le nom de Dieu révélé à Moïse était prononcé une fois, lors du nouvel an par le grand prêtre et ne l’est plus depuis la destruction du Temple. Chez les auteurs chrétiens, la méditation sur les noms divins dit quelque chose de l’être de Dieu tandis que pour L’Islam les noms de Dieu renvoient à des attributs mais la réalité même de Dieu est indicible. "
Explications :
1
ALLAH a fait de Sa miséricorde cent parties. IL en a retenu les quatre-vingt-dix neuf centièmes, et en a réparti le centième restant sur toutes Ses créatures. Et c’est en raison de cette fraction de Sa miséricorde, que la jument lève sa patte pour ne pas heurter son poulain.
Et c'est aussi par ce centième de la miséricorde divine, que l’être créé peut être qualifié à l’occasion de "rahime", soit le clément. Cela n’a bien sûr, nulle commune mesure avec le même qualificatif qu’Allah s’est donné dans l’en-tête ci-dessus. L’ampleur du qualificatif en l’occurrence, est bien sûr à la mesure de la majesté du qualifié. A l’échelle humaine, la générosité pécuniaire d’un homme riche n’a nulle commune mesure avec celle d’un homme indigent.
Comme ALLAH s’est réservé le reste de la miséricorde, et comme le centième restant provient de toute Sa miséricorde, IL s’est attribué le superlatif d’ "Arrahmane". il s’agit de ce fait d’un qualificatif propre au Seigneur. Nulle créature ne peut donc être qualifiée de Arrahmane. Il est donc manifestement inapproprié de le traduire par les termes « le très miséricordieux » car l’on peut dire qu’un tel homme est très miséricordieux. Le qualificatif "Arrahmane", tel que nous l’avons expliqué ci-haut, n’a pour ainsi dire, pas d’équivalent dans la langue française. Pour en rapprocher le sens exact, nous lui avons substitué l’expression suivante : « détenteur de toute la miséricorde » Et c’est en raison de ce dernier qualificatif qu’au bas-monde, même celui qui nie l’existence même d’Allah, profite pourtant de Son incommensurable miséricorde.
2
« Allah a un centième nom, un nom caché. Seul le chameau le connaît. Voyez comme il regarde les hommes d'un air supérieur. Je vais vous le révéler, ce centième nom. Allah se nomme encore Beauté ».
3
Selon Ibn Arâbi, la connaissance de Dieu ne peut qu'être incomplète dans la connaissance du centième Nom de Dieu.
sources :
http://books.google.fr/books?id=hctFJF7axHgC&pg=PA42&lpg=PA42&dq=le+centieme+nom+d%27allah&source=web&ots=2k4dwdKKIa&sig=xt_24fOUXvJPrtmF3PZznwuFZo8&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=7&ct=result
http://doc.artblog.fr/r4084/Symboliques/
http://www.google.fr/search?hl=fr&q=le+centieme+nom+d%27allah&btnG=Rechercher&meta=
http://www.orientalement.com/n-les-99-noms-d-allah.html
http://www.mounirfatmi.com/2sculpture/face.html
http://aminour.unblog.fr/tag/a-comme-allah/ses-noms/page/1/
http://www.trouveurdor.com/soufi.htm
www.soufisme.org
http://books.google.fr/books?hl=fr&id=ST5-zPl_RdEC&dq=Unit%C3%A9+de+l%27%C3%AAtre+et+dialectique++De+Tristan+Dagron&printsec=frontcover&source=web&ots=6KaXa29t7Q&sig=D9mcpyvRH-64KorcOQkQ_huKKMs&sa=X&oi=book_result&resnum=3&ct=result#PPA15,M1
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Arab%C3%AE
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Ar-Rahim, Le Tout-Miséricordieux |
Al-Malik, Le Souverain, Le Roi, Le suzerain |
Al-Qouddous, L'Infiniment Saint |
As-Salam, La paix, la Sécurité, le Salut |
Al-Mou'min, Le Fidèle, le Sécurisant, le confiant |
Al-Mouhaymin, Le Surveillant, le Témoin, le Préservateur, le Dominateur |
Al-'Aziz, Le Tout Puissant, l'Irrésistible, Celui qui l'emporte |
Al-Djabbar, Celui qui domine et contraint, le Contraignant, le Réducteur |
Al-Moutakabbir, Le Superbe, Celui qui se magnifie |
Al-Khaliq, Le Créateur, le Déterminant, Celui qui donne la mesure de toute chose |
Al-Bari', Le Créateur, le Producteur, le Novateur |
Al-Mousawwir, Le Formateur, Celui qui façonne ses créatures de différentes formes |
Al-Ghaffar, Le Tout-Pardonnant, Il pardonne les péchés de Ses serviteurs encore et encore |
Al-Qahhar, Le Tout et Très Contraignant, le Dominateur Suprême |
Al-Wahhab, Le Donateur gracieux, généreux |
Ar-Razzaq, Celui qui pourvoit et accorde toujours la subsistance |
Al-Fattah, Le Conquérant, Celui qui ne cesse d'ouvrir et d'accorder la victoire |
Al-'Alim, Le Très-Savant, l'Omniscient |
Al-Qabiz, Celui qui retient et qui rétracte |
Al-Basit, Celui qui étend Sa générosité et Sa miséricorde |
Al-Khafiz, Celui qui abaisse |
Ar-Rafi', Celui qui élève |
Al-Mou'izz, Celui qui donne puissance et considération |
Al-Mouzhill, Celui qui avilit |
As-Sami, L'Audient, Celui qui entend absolument toute chose, qui est très à l'ecoute |
Al-Basir, Le Voyant, Celui qui voit absolument toute chose |
Al-Hakam, Le Juge, l'Arbitre, Celui qui décide, tranche ou prononce |
Al-'Adl, Le Juste, l'Equitable, Celui qui rétablit l'Equilibre |
Al-Latif, Le Subtil-Bienveillant, le Bon |
Al-Khabir, Le Très-Instruit, le Bien-Informé |
Al-Halim, Le Longanime, le Très Clément |
Al-'Azim, L'Immense, le Magnifique, l'Eminent, le Considérable |
Al-Ghafour, Le Tout-Pardonnant |
Ash-Shakour, Le Très-Reconnaissant, le Très-Remerciant, Celui qui accroît infiniment |
Al-'Aliyy, Le Sublime, l'Elevé, le Très-Haut |
Al-Kabir, L'Infiniment Grand, plus élevé en Qualités que Ses créatures |
Al-Hafizh, Le Préservateur, le Conservateur, Celui qui garde |
Al-Mouqit, Le Gardien, le Puissant, le Témoin, Celui qui produit la subsistance |
Al-Hasib, Celui qui tient compte de tout, Celui qui suffit à ses créatures |
Al-Djalil, Le Majestueux, qui s'attribue la grandeur du Pouvoir et la Gloire de Sa dignité |
Al-Karim, Le Tout-Généreux, le Noble-Généreux, pur de toute abjection |
Ar-Raqib, Le Vigilant, Celui qui observe |
Al-Moudjib, Celui qui exauce, Celui qui répond au nécessiteux et au désireux qui Le prie |
Al-Wasi', L'Ample, le Vaste, l'Immense |
Al-Hakim, L'Infiniment Sage |
Al-Wadoud, Le Bien-Aimant, le Bien-Aimé |
Al-Madjيd, Le Très Glorieux, doté d'un Pouvoir parfait, de Haute Dignité, de Compassion, de Générosité et de Douceur |
Al-Ba'is, Celui qui ressuscite Ses serviteurs après la mort, Celui qui incite |
Ash-Shahid, Le Témoin, qui n'ignore rien de ce qui arrive |
Al-Haqq, Le Vrai, dont l'Existence est la seule véritable |
Al-Wakil, Le Gérant, l'Intendant, Celui à qui on se confie et dont le soutien ne fléchit jamais |
Al-Qawiyy, Le Très-Fort, le Très-Puissant, Celui qui possède le Pouvoir complet |
Al-Matin, Le Très-Ferme, l'Inébranlable qui jamais ne fléchit ou ne fatigue |
Al-Wلliyy, Le Très-Proche, l'Ami, le Maître, le Tuteur |
Al-Hamid, Le Très-Louange, Celui qui est digne de louanges |
Al-Mouh'sy, Celui dont le savoir cerne toute chose, Celui qui garde en compte |
Al-Moubdi, Celui qui produit sans modèle, Celui qui donne l'Origine |
Al-Mou'id, Celui qui redonne existence après la mort, Celui qui réintègre, qui répète |
Al-Mouh'yi, Celui qui fait vivre, qui donne la vie |
Al-Moumit, Celui qui fait mourir le vivant |
Al-Hayy, Le Vivant, dont la vie est différente de notre vie |
Al-Qayyoum, L'Immuable, le Subsistant par Soi |
Al-Wadjid, L'Opulent, Celui qui trouve tout ce qu'Il veut |
Al-Mلdjid, Le Noble, le Majestueux, Celui qui a plein de Gloire |
Al-Wahid, L'Unique, sans associé, le Seul, l'Un |
As-Samad, Le Maître absolu, le Soutien universel, Celui en qui on place sa confiance |
Al-Qadir, Le Puissant, le Déterminant, le Détenteur du pouvoir |
Al-Mouqtadir, Celui qui a pouvoir sur tout, le Détenteur Absolu du pouvoir |
Al-Mouqaddim, Celui qui met en avant, Celui qui précède ou devance |
Al-Mou'akhkhir, Celui qui met en arrière, Celui qui vient en dernier ou qui retarde |
Al-Awwal, Le Premier, dont l'existence n'a pas de commencement |
Al-Akhir, Le Dernier, dont l'existence n'a pas de fin |
Az-Zahir, L'Extérieur, l'Apparent |
Al-Batin, L'Intérieur, le Caché |
Al-Walي, Le Maître très proche, Celui qui dirige |
Al-Mouta'ali, Le Sublime, l'Exalté, l'Elevé, pur de tout attribut de la création |
Al-Barr, Le Bon, le Bienveillant, le Bienfaisant, envers ses créatures |
At-Tawwab, Celui qui ne cesse de revenir, d'accueillir le repentir sincère de ses adorateurs et qui leur accorde Son Pardon |
Al-Mountaqim, Le Vengeur, qui a le dessus sur Ses ennemis et les punit pour leurs péchés |
Al-Afouww, Celui qui efface, l'Indulgent dont le pardon est large |
Ar-Raouf, Le Très-Doux, le Très-Bienveillant, à la miséricorde extrême |
Malikoul-Moulk, Le Possesseur du Royaume, qui contrôle son règne et donne un règne à qui Il veut |
Zhoul Djalal Wal-Ikram, Le Détenteur de la Majesté et de la Générosité, qui mérite d'être Exalté et non renié |
Al-Mouqsit, L'Equitable, Celui qui rend justice, sans léser quiconque |
Al-Djami, Celui qui réunit, Celui qui synthétise |
Al-Ghaniyy, Le Suffisant par soi, Celui qui n'a besoin de personne |
Al-Moughni, Celui qui confère la suffisance et satisfait les besoins de Ses créatures |
Al-Mani', Le Défenseur, Celui qui empêche, Celui qui protège et donne victoire à Ses pieux croyants |
Ad-Dhar, Celui qui contrarie, Celui qui peut nuire (à ceux qui L'offensent) |
An-Nafi, Celui qui accorde le profit, l'Utile, Celui qui facilite à qui Il veut |
An-Nour, La Lumière |
Al-Hadi, Le Guide |
Al-Badi, Le Novateur, Celui qui a créé toute chose et les a formées sans exemple précédent |
Al-Baqi, Le Permanent, dont la non- existence est impossible pour Lui |
Al-Waris, L'Héritier |
Ar-Rachid, Celui qui agit avec droiture, Celui qui dirige avec sagesse |
As-Sabour, Le Patient, le Très-Constant, qui recule la punition des pécheurs |
mercredi 24 septembre 2008
La nuit face au ciel
nouvelle de Julio Cortazar, (la noche boca arriba) parue dans la première édition des Armes secrètes.
texte scanné (cliquer sur les images pour les faire apparâitre en taille réelle)
« Le papillon fit un rêve. En rêvant il est devenu Tchouang-tseu en train de regarder les fleurs. Les fleurs étaient vraiment nombreuses. Il faisait bon. Il était terriblement heureux. A ce moment Tchouang-tseu se réveilla. Il ne savait pas si le Tchouang-tseu de maintenant était le vrai Tchouang-tseu ou le Tchouang-tseu qu'avait rêvé le papillon. Il ne savait pas non plus si Tchouang-tseu avait rêvé du papillon ou si le papillon avait rêvé de Tchouang-tseu. »







texte scanné (cliquer sur les images pour les faire apparâitre en taille réelle)
« Le papillon fit un rêve. En rêvant il est devenu Tchouang-tseu en train de regarder les fleurs. Les fleurs étaient vraiment nombreuses. Il faisait bon. Il était terriblement heureux. A ce moment Tchouang-tseu se réveilla. Il ne savait pas si le Tchouang-tseu de maintenant était le vrai Tchouang-tseu ou le Tchouang-tseu qu'avait rêvé le papillon. Il ne savait pas non plus si Tchouang-tseu avait rêvé du papillon ou si le papillon avait rêvé de Tchouang-tseu. »







lundi 22 septembre 2008
Axolotl

Julio Cortázar - Axolotl
VF
Il fut une époque où je pensais beaucoup aux axolotl. J'allais les voir à l'aquarium du Jardin des Plantes et je passais des heures à les regarder, à observer leur immobilité, leurs mouvements obscurs. Et maintenant je suis un axolotl.
Le hasard me conduisit vers eux un matin de printemps où Paris déployait sa queue de paon après le lent hiver. Je descendis le boulevard Saint-Marcel, celui de l'hôpital, je vis les premiers verts parmi tout le gris et je me souvins des lions. J'étais très amis des lions et des panthères, mais je n'étais jamais entré dans l'enceinte humide et sombre des aquariums. Je laissai ma bicyclette contre les grilles et j'allais voir les tulipes. Les lions étaient laids et tristes et ma panthère dormait. Je me décidai pour les aquariums et, après avoir regardé avec indifférence des poissons ordinaires, je tombai par hasard sur les axolotls. Je passai une heure à les regarder, puis je partis, incapable de penser à autre chose.
A la bibliothèque Sainte-Geneviève je consultai un dictionnaire et j'appris que les axolotls étaient les formes larvaires, pourvues de branchies, de batraciens du genre amblystone. Qu'ils étaient originaires du Mexique, je le savais déjà, rien qu'à voir leur petit visage aztèque. Je lus qu'on en avait trouvé des spécimens en Afrique capables de vivre hors de l'eau pendant les périodes de sécheresse et qui reprenaient leur vie normale à la saison des pluies. On donnait leur nom espagnol, ajolote, on signalait qu'ils étaient comestibles et qu'on utilisait leur huile (on ne l'utilise plus) comme l'huile de foie de morue.
Je ne voulus pas consulter d'ouvrages spécialisés mais je revins le jour suivant au jardin des Plantes. Je pris l'habitude d'y aller tous les matins, et parfois même matin et soir. Le gardien des aquariums souriait d'un air perplexe en prenant mon ticket. Je m'appuyait contre la barre de fer qui borde les aquariums et je regardais les axolotls. Il n'y avait rien d'étrange à cela ; dès le premier instant j'avais senti que quelque chose me liait à eux, quelque chose d'infiniment lointain et oublié qui cependant nous unissait encore. Il m'avait suffit de m'arrêter un matin devant cet aquarium où des bulles couraient dans l'eau. Les axolotls s'entassaient sur l'étroit et misérable (personne mieux que moi ne sait à quel point il est étroit et misérable) fond de pierre et de mousse. Il y en avait neuf, la plupart d'entre eux appuyaient leur tête contre la vitre et regardaient de leurs yeux d'or ceux qui s'approchaient. Troublé, presque honteux, je trouvais qu'il y avait de l'impudeur à se pencher sur ces formes silencieuses et immobiles entassées au fond de l'aquarium. Mentalement, j'en isolait un, un peu à l'écart sur la droite, pour mieux l'étudier. Je vis un petit corps rose, translucide (je pensai aux statuettes chinoises en verre laiteux), semblable à un petit lézard de quinze centimètres, terminé par une queue de poisson d'une extraordinaire délicatesse - c'est la partie la plus sensible de notre corps. Sur son dos, une nageoire transparente se rattachait à la queue ; mais ce furent les pattes qui me fascinèrent, des pattes d'une incroyable finesse, terminés par de tout petits doigts avec des ongles - absolument humains, sans pourtant avoir la forme de la main humaine - mais comment aurais-je pu ignorer qu'ils étaient humains ? c'est alors que je découvris leurs yeux, leur visage. Un visage inexpressif sans autre trait que les yeux, deux orifices comme des têtes d'épingles entièrement d'or transparent, sans aucune vie, mais qui regardaient et qui se laissaient pénétrer par mon regard qui passait à travers le point doré et se perdait dans un mystère diaphane. Un très mince halo noir entourait l'œil et l'inscrivait dans la chair rose, dans la pierre rose de la tête vaguement triangulaire, au contours courbes et irréguliers, qui la faisaient ressembler à une statue rongée par le temps. La bouche était dissimulée par le plan triangulaire de la tête et ce n'est que de profil que l'on s'apercevait qu'elle était très grande. Vue de face, c'était une fine rainure, comme une fissure dans de l'albâtre. De chaque côté de la tête, à la place des oreilles, se dressaient de très petites branches rouges comme du corail, une excroissance végétale, les branchies, je suppose. C'était la seule chose qui eût l'air vivante dans ce corps. Chaque vingt secondes elles se dressaient, toutes raides, puis s'abaissaient de nouveau. Parfois une patte bougeait, à peine, et je voyait les doigts minuscules se poser doucement sur la mousse. C'est que nous n'aimons pas beaucoup bouger, l'aquarium est si étroit ; si peu que nous remuions nous heurtons la tête ou la queue d'un autre ; il s'ensuit des difficultés, des disputes, de la fatigue. Le temps se sent moins si l'on reste immobile.
Ce fut leur immobilité qui me fit me pencher vers eux, fasciné, la première fois que je les vis. Il me sembla comprendre obscurément leur volonté secrète : abolir l'espace et le temps par une immobilité pleine d'indifférence. Par la suite, j'appris à mieux les comprendre, les branchies qui se contractent, les petites pattes fines qui tâtonnent sur les pierres, leurs fuites brusques (ils nagent par une simple ondulation du corps) me prouvèrent qu'ils étaient capables de s'évader de cette torpeur minérale où ils passaient des heures entières. Leurs yeux surtout m'obsédaient. A côté d'eux, dans les autres aquariums, des poissons me montraient la stupide simplicité de leurs beaux yeux semblables aux nôtres. Les yeux des axolotls me parlaient de la présence d'une vie différente, d'une autre façon de regarder. Je collais mon visage à la vitre (le gardien, inquiet, toussait de temps en temps) pour mieux voir les tout petits points dorés, cette ouverture sur le monde infiniment lent et éloigné des bêtes roses. Inutile de frapper du doigt contre la vitre, sous leur nez, jamais la moindre réaction. Les yeux d'or continuaient à brûler de leur douce et terrible lumière, continuaient à me regarder du fond d'un abîme insondable qui me donnait le vertige.
Et cependant les axolotls étaient proches de nous. Je le savais avant même de devenir un axolotl. Je le sus dès le jour où je m'approchai d'eux pour la première fois. Les traits anthropomorphiques d'un singe accusent la différence qu'il y a entre lui et nous, contrairement à ce que pensent la plupart des gens. L'absence totale de ressemblance entre un axolotl et un être humain me prouva que ma reconnaissance était valable, que je ne m'appuyais pas sur des analogies faciles. Il y avait bien les petites mains. Mais un lézard a les mêmes mains et ne ressemble en rien à l'homme. Je crois que tout venait de la tête des axolotls, de sa forme triangulaire rose et de ses petits yeux d'or. Cela regardait et savait. Cela réclamait. Les axolotls n'étaient pas des animaux.
De là à tomber dans la mythologie, il n'y avait qu'un pas, facile à franchir, presque inévitable. Je finis par voir dans les axolotls une métamorphose qui n'arrivait pas à renoncer tout à fait à une mystérieuse humanité. Je les imaginais conscients, esclaves de leur corps, condamnés indéfiniment à un silence abyssal, à une méditation désespérée. Leur regard aveugle, le petit disque d'or inexpressif - et cependant terriblement lucide - me pénétrait comme un message : " Sauve-nous, sauve-nous. " Je me surprenais en train de murmurer des paroles de consolation, de transmettre des espoirs puérils. Ils continuaient à me regarder, immobiles. Soudain les petites branches roses se dressaient sur leur tête, et je sentais à ce moment-là comme une douleur sourde. Ils me voyaient peut-être, ils captaient mes efforts pour pénétrer dans l'impénétrable de leur vie. Ce n'étaient pas des êtres humains mais jamais je ne m'étais senti un rapport aussi étroit entre des animaux et moi. Les axolotls étaient comme témoins de quelque chose et parfois ils devenaient de terribles juges. Je me trouvais ignoble devant eux, il y avait dans ces yeux transparents une si effrayante pureté. C'était des larves, mais larve veut dire masque et aussi fantôme. Derrière ces visages aztèques, inexpressifs, et cependant d'une cruauté implacable, quelle image attendait son heure ?
Ils me faisaient peur. Je crois que sans la présence du gardien et des autres visiteurs je n'aurais jamais osé rester devant eux. " Vous les mangez des yeux ", me disait le gardien en riant, et il devait penser que je n'étais pas tout à fait normal. Il ne se rendait pas compte que c'était eux qui me dévoraient lentement des yeux, en un cannibalisme d'or. Loin d'eux je ne pouvais penser à autre chose, comme s'ils m'influençaient à distance. Je finis par y aller tous les jours et la nuit je les imaginais immobiles dans l'obscurité, avançant lentement une petite patte qui rencontrait soudain celle d'un autre. Leurs yeux voyaient peut-être la nuit et le jour pour eux n'avait pas de fin. Les yeux des axolotls n'ont pas de paupières.
Maintenant je sais qu'il n'y a rien eu d'étrange dans tout cela, que cela devait arriver. Ils me reconnaissaient un peu plus chaque matin quand je me penchais vers l'aquarium. Ils souffraient. Chaque fibre de mon corps enregistrait cette souffrance bâillonnée, cette torture rigide au fond de l'eau. Ils épiaient quelque chose, un lointain royaume aboli, un temps de liberté où le monde avait appartenu aux axolotls. Une expression aussi terrible qui arrivait à vaincre l'impassibilité forcée de ces visages de pierre contenait sûrement un message de douleur, la preuve de cette condamnation éternelle, de cet enfer liquide qu'ils enduraient. En vain essayai-je de me persuader que c'était ma propre sensibilité qui projetait sur les axolotls une conscience qu'ils n'avaient pas. Eux et moi nous savions. C'est pour cela que ce qui arriva n'est pas étrange. Je collais mon visage à la vitre de l'aquarium, mes yeux essayèrent une fois de plus de percer le mystère de ces yeux d'or sans iris et sans pupille. Je voyais de très près la tête d'un axolotl immobile contre la vitre. Puis mon visage s'éloigna et je compris. Une seule chose était étrange : continuer à penser comme avant, savoir. Quand j'en pris conscience, je ressentis l'horreur de celui qui s'éveille enterré vivant. Au-dehors, mon visage s'approchait à nouveau de la vitre, je voyais ma bouche aux lèvres serrées par l'effort que je faisais pour comprendre les axolotls. J'étais un axolotl et je venais de savoir en un éclair qu'aucune communication n'était possible. Il était hors de l'aquarium, sa pensée était une pensée hors de l'aquarium. Tout en le connaissant, tout en étant lui-même, j'étais un axolotl et j'étais dans mon monde. L'horreur venait de ce que - je le sus instantanément - je me croyait prisonnier dans le corps d'un axolotl, transféré en lui avec ma pensée d'homme, enterré vivant dans un axolotl, condamné à me mouvoir en toute lucidité parmi des créatures insensibles. Mais cette impression ne dura pas, une patte vint effleurer mon visage et en me tournant un peu je vis un axolotl à côté de moi qui me regardait et je compris que lui aussi savait, sans communication possible mais si clairement. Ou bien j'étais encore en l'homme, ou bien nous pensions comme des êtres humains, incapables de nous exprimer, limités à l'éclat doré de nos yeux qui regardaient ce visage d'homme collé à la vitre.
Il revint encore plusieurs fois mais il vient moins souvent à présent. Des semaines se passent sans qu'on le voie. Il est venu hier, il m'a regardé longuement et puis il est parti brusquement. Il me semble que ce n'est plus à nous qu'il s'intéresse, qu'il obéit plutôt à une habitude. Comme penser est la seule chose que je puisse faire, je pense beaucoup à lui. Pendant un certain temps nous avons continué d'être en communication lui et moi, et il se sentait plus que jamais lié au mystère qui l'obsédait. Mais les ponts sont coupés à présent, car ce qui était son obsession est devenu un axolotl, étranger à sa vie d'homme. Je crois qu'au début je pouvais encore revenir en lui, dans une certaine mesure - ah ! seulement dans une certaine mesure - et maintenir éveillé son désir de mieux nous connaître. Maintenant je suis définitivement un axolotl et si je pense comme un être humain c'est tout simplement parce que les axolotls pensent comme les humains sous leur masque de pierre rose. Il me semble que j'étais arrivé à lui communiquer cette vérité, les premiers jours, lorsque j'étais encore en lui. Et dans cette solitude finale vers laquelle il ne revient déjà plus, cela me console de penser qu'il va peut-être écrire quelque chose sur nous ; il croira qu'il invente un conte et il écrira tout cela sur les axolotls.
VO
Julio Cortázar - Axolotl
Hubo un tiempo en que yo pensaba mucho en los axolotl. Iba a verlos al acuario del Jardín des Plantes y me quedaba horas mirándolos, observando su inmovilidad, sus oscuros movimientos. Ahora soy un axolotl.
El azar me llevo hasta ellos una mañana de primavera en que París habría su cola de pavorreal después de la lenta invernada. Bajé por el bulevar de Port-Royal, tomé St. Marcel y L'Hópital, vi los verdes entre tanto gris y me acorde de los leones. Era amigo de los leones y las panteras, pero nunca había entrado en el húmedo y oscuro edificio de los acuarios. Dejé mi bicicleta contra las rejas y fui a ver los tulipanes. Los leones estaban feos y tristes y mi pantera dormía. Opté por los acuarios, soslayé peces vulgares hasta dar inesperadamente con los axolotl. Me quede una hora mirándolos y salí, incapaz de otra cosa.
En la biblioteca Sainte-Geneviéve consulte un diccionario y supe que los axolotl son formas larvales, provistas de branquias, de una especie de batracios del género amblistoma. Qué eran mexicanos lo sabía ya por ellos mismos, por sus pequeños rostros rosados aztecas y el cartel en lo alto del acuario. Leí que se han encontrado ejemplares en África capaces de vivir en tierra durante los periodos de sequía y que continúan su vida en el agua al llegar la estación de las lluvias. Encontré su nombre español, ajolote, la mención de que son comestibles y que su aceite se usaba (se diría que no se usa más) como el de hígado de bacalao.
No quise consultar obras especializadas, pero volví al día siguiente al Jardin des Plantes. Empecé a ir todas las mañanas, a veces de mañana y de tarde. El guardián de los acuarios sonreía perplejo al recibir el billete. Me apoyaba en la barra de hierro que bordea los acuarios y me ponía a mirarlos. No hay nada de extraño en esto, por que desde un primer momento comprendí que estábamos vinculados, que algo infinitamente perdido y distante seguía sin embargo uniéndonos. Me había bastado detenerme aquella primera mañana ante el cristal donde unas burbujas corrían en el agua . Los axolotl se amontonaban en el mezquino y angosto (sólo yo puedo saber cuán angosto y mezquino) piso de piedra y musgo de acuario. Había nueve ejemplares, y la mayoría apoyaba la cabeza contra el cristal, mirando con sus ojos de oro a los que se acercaban. Turbado, casi avergonzado, sentí como una impudicia asomarme a esas figuras silenciosas e inmóviles aglomeradas en el fondo del acuario. Aislé mentalmente una, situada a la derecha y algo separada de las otras, para estudiarla mejor. Vi un cuerpecito rosado y como traslúcido (pensé en las estatuillas chinas de cristal lechoso), semejante a un pequeño lagarto de quince centímetros, terminado en una cola de pez de una delicadeza extraordinaria, la parte más sensible de nuestro cuerpo. Por el lomo le corría una aleta transparente que se fusionaba con la cola, pero lo que me obsesionó fueron las patas, de una finura sutilísima, acabadas en menudos dedos, en uñas minuciosamente humanas. Y entonces descubrí sus ojos, su cara. Un rostro inexpresivo sin otro rasgo que los ojos, dos orificios como cabezas de alfiler, enteramente de un oro transparente, carentes de toda vida pero mirando, dejándose penetrar por mi mirada que parecía pasar a través del punto áureo y perderse en un diáfano misterio interior. Un delgadísimo halo negro rodeaba el ojo y lo inscribía en la carne rosa, en la piedra rosa de la cabeza vagamente triangular pero con lados curvos e irregulares, que le daban una total semejanza con una estatuilla corroída por el tiempo. La boca estaba disimulada por el plano triangular de la cara, sólo de perfil se adivinaba su tamaño considerable; de frente una fina hendidura rasgaba apenas la piedra sin vida. A ambos lados de la cabeza, donde hubieran debido estar las orejas, le crecían tres ramitas rojas como de coral, una excrescencia vegetal, las branquias, supongo. Y era lo único vivo en él, cada diez o quince segundos las ramitas se enderezaban rígidamente y volvían a bajarse. A veces una pata se movía apenas, yo veía los diminutos dedos posándose con suavidad en el musgo. Es que no nos gusta movernos mucho, y el acuario es tan mezquino; apenas avanzamos un poco nos damos con la cola o la cabeza de otro de nosotros; surgen dificultades, pelea, fatiga. El tiempo se siente menos si nos estamos quietos.
Fue su quietud lo que me hizo inclinarme fascinado la primera vez que vi los axolotl. Oscuramente me pareció comprender su voluntad secreta, abolir el espacio y el tiempo con una inmovilidad indiferente. Después supe mejor, la contracción de las branquias, el tanteo de las finas patas en las piedras, la repentina natación (algunos de ellos nadas con la simple ondulación del cuerpo) me probó que eran capaces de evadirse de ese sopor mineral en que pasaban horas enteras. Sus ojos, sobre todo, me obsesionaban. Al lado de ellos, en los restantes acuarios, diversos peces me mostraban la simple estupidez de sus hermosos ojos semejantes a los nuestros. Los ojos de los axolotl me decían de la presencia de una vida diferente, de otra manera de mirar. Pegando mi cara al vidrio (a veces el guardián tosía, inquieto) buscaba ver los diminutos puntos áureos, esa entrada al mundo infinitamente lento y remoto de las criaturas rosadas. Era inútil golpear con el dedo en el cristal, delante de sus caras; jamás se advertía la menor reacción. Los ojos de oro seguían ardiendo con su dulce, terrible luz; seguían mirándose desde una profundidad insondable que me daba vértigo.
Y sin embargo estaban cerca. Lo supe antes de esto, antes de ser un axolotl. Lo supe el día en que me acerqué a ellos por última vez. Los rasgos antropomórficos de un mono revelan, al revés de lo que cree la mayoría, la distancia que va de ellos a nosotros. La absoluta falta de semejanza de los axolotl con el ser humano me probó que mi reconocimiento era válido que no me apoyaba en analogías fáciles. Sólo las manecitas... Pero una lagartija tiene también manos así, y en nada se nos parece. Yo creo que era la cabeza de los axolotl, esa forma triangular rosada con los ojillos de oro. Eso miraba y sabía. Eso reclamaba. No eran animales.
Parecía fácil, casi obvio, caer en la mitología. Empecé viendo en los axolotl una metamorfosis que no conseguía anular una misteriosa humanidad. Los imagine conscientes, esclavos de su cuerpo, infinitamente condenados a un silencio abisal, a una reflexión desesperada. Su mirada ciega, el diminuto disco de oro inexpresivo y sin embargo terriblemente lúcido, me penetraba como un menaje: "Sálvanos, sálvanos". Me sorprendía musitando palabras de consuelo, transmitiendo pueriles esperanzas. Ellos seguían mirándome, inmóviles; de pronto las ramillas rosadas de las branquias se enderezaban. En ese instante yo sentía como un dolor sordo; tal vez me veían, captaban mi esfuerzo por penetrar en lo impenetrable de sus vidas. No eran seres humanos, pero en ningún animal había encontrado una relación tan profunda conmigo. Los axolotl eran como testigos de algo, y a veces como horribles jueces. Me sentía innoble frente a ellos; había una pureza tan espantosa en esos ojos transparentes. Eran larvas, pero larva quiere decir máscara y también fantasma. Detrás de esas caras aztecas, inexpresivas y sin embargo de una crueldad implacable, ¿ qué imagen esperaba su hora ?.
Les temía. Creo que no haber sentido la proximidad de otros visitantes y del guardián, no me hubiese atrevido a quedarme solo con ellos. "Usted se los come con los ojos", me decía riendo el guardián, que debía suponerme un poco desequilibrado. No se daba cuenta que eran ellos los que me devoraban lentamente por los ojos, en un canibalismo de oro. Lejos del acuario no hacía más que pensar en ellos, era como si me influyeran a distancia. Llegué a ir todos los días, y de noche los imaginaba inmóviles en la oscuridad, adelantando lentamente una mano que de pronto encontraba la de otro. Acaso sus ojos veían en plena noche, y el día continuaba para ellos indefinidamente. Los ojos de los axolotl no tienen párpados.
Ahora sé que no hubo nada de extraño, que eso tenía que ocurrir. Cada mañana, al inclinarme sobre el acuario, el reconocimiento era mayor. Sufrían, cada fibra de mi cuerpo alcanzaba ese sufrimiento amordazado, esa tortura rígida en el fondo del agua. Espiaban algo, un remoto señorío aniquilado, un tiempo de libertad en que el mundo había sido de los axolotl. No era posible que una expresión tan terrible que alcanzaba a vencer la inexpresividad forzada de sus rostros de piedra, no portara un mensaje de dolor, la prueba de esa condena eterna, de ese infierno líquido que padecían. Inútilmente quería probarme que mi propia sensibilidad proyectaba en los axolotl una conciencia inexistente. Ellos y yo sabíamos. Por eso no hubo nada de extraño en lo que ocurrió. Mi cara estaba pegada al vidrio del acuario, mis ojos trataban una vez más de penetrar el misterio de esos ojos de oro sin iris y sin pupila. Veía muy de cerca la cara de un axolotl inmóvil junto al vidrio. Sin transición, sin sorpresa, vi mi cara contra el vidrio, en vez del axolotl vi mi cara contra el vidrio, la vi fuera del acuario, la vi del otro lado del vidrio. Entonces mi cara se apartó y yo comprendí.
Sólo una cosa era extraña: seguir pensando como antes, saber. Darme cuenta de eso fue en el primer momento como el horror del enterrado vivo que despierta a su destino. Afuera, mi cara volvía a acercarse al vidrio, veía mi boca de labios apretados por el esfuerzo de comprender a los axolotl. Yo era un axolotl y sabía ahora instantáneamente que ninguna comprensión era posible. Él estaba fuera del acuario, su pensamiento era un pensamiento fuera del acuario. Conociéndolo, siendo él mismo, yo era un axolotl y estaba en mi mundo. El horror venía -lo supe en el mismo momento- de creerme prisionero en un cuerpo axolotl, transmigrado a él con mi pensamiento de hombre enterrado vivo en un axolotl, condenado a moverme lúcidamente entre criaturas insensibles. Pero aquello cesó cuando una pata vino a rozarme la cara, cuando moviéndome apenas a un lado vi a un axolotl junto a mí que me miraba, y supe que también él sabía , sin comunicación posible pero tan claramente. O yo estaba también en él, o todos nosotros pensábamos como un hombre, incapaces de expresión, limitados al resplandor dorado de nuestros ojos que miraban la cara del hombre pegada al acuario.
Él volvió muchas veces, pero viene menos ahora. Pasa semanas sin asomarse. Ayer lo vi, me miró largo rato y se fue bruscamente, Me pareció que no se interesaba tanto por nosotros, que obedecía a una costumbre. Como lo único que hago es pensar, pude pensar mucho en él. Se me ocurre que al principio continuamos comunicados, que él se sentía más que nunca unido al misterio que lo obsesionaba. Pero los puentes están cortados entre él y yo, por que lo que era su obsesión es ahora un axolotl, ajeno a su vida de hombre. Creo que al principio yo era capaz de volver en cierto modo a él -ah, sólo en cierto modo- y mantener alerta su deseo de conocernos mejor. Ahora soy definitivamente un axolotl, y si pienso como un hombre es sólo porque todo axolotl, piensa como un hombre dentro de su imagen de piedra rosa. Me parece que de todo esto alcancé a comunicarle algo en los primeros días, cuando yo era todavía él. Y en esta soledad final, a la que él ya no vuelve, me consuela pensar que acaso va a escribir sobre nosotros, creyendo imaginar un cuento va a escribir todo esto sobre los axolotl.
JE PARLE DANS TOUS LES AGES
JE PARLE DANS TOUS LES AGES
Attention, la perle au fond des siècles futurs aux roues de cuivre hurlantes, qui sont les anciens, la perle est dans son écaille vivante sur la table où l'ancêtre rompt le granit chaque matin, qui dure des siècles, pour la nourriture des fils à venir aux places marquées, vêtus d'astres, et celles des fils morts habillés de pierre.
Attention, la perle est dans le creux de la seule main, au croisement des rayons sous le ciel solide qui ne pèse pas lourd dans ta gorge, vieux buveur !
A ma voix familière tu me reconnais et cette main c'est la mienne, tu n'y peux rien, tu ris, vieux toucheur de mondes, mais j'ai saisi la perle et te voilà détrôné, tout en bas.
Va-t'en régner sur les peuples nomades et les douces nations pastorales, j'ai l'oeil aussi sur tes vieux bergers et ils en savent long sur la nuit de ta bouche.
Attention, le fil indéfini des siècles tient tout entier dans cette perle qui est ma face et ma fin.
René Daumal
Attention, la perle au fond des siècles futurs aux roues de cuivre hurlantes, qui sont les anciens, la perle est dans son écaille vivante sur la table où l'ancêtre rompt le granit chaque matin, qui dure des siècles, pour la nourriture des fils à venir aux places marquées, vêtus d'astres, et celles des fils morts habillés de pierre.
Attention, la perle est dans le creux de la seule main, au croisement des rayons sous le ciel solide qui ne pèse pas lourd dans ta gorge, vieux buveur !
A ma voix familière tu me reconnais et cette main c'est la mienne, tu n'y peux rien, tu ris, vieux toucheur de mondes, mais j'ai saisi la perle et te voilà détrôné, tout en bas.
Va-t'en régner sur les peuples nomades et les douces nations pastorales, j'ai l'oeil aussi sur tes vieux bergers et ils en savent long sur la nuit de ta bouche.
Attention, le fil indéfini des siècles tient tout entier dans cette perle qui est ma face et ma fin.
René Daumal
poésie noire - poésie blanche
La Guerre Sainte
texte dédié, resté en bonne suspension aérienne sur communication téléphonique confirmant fortuitement les mots sui suivent :
par René Daumal :
<< Je vais faire un poème sur la guerre. Ce ne sera peut-être pas un vrai poème, mais ce sera sur une vraie guerre.
Ce ne sera pas un vrai poème, parce que le vrai poète, s'il était ici, et si le bruit se répandait parmi la foule qu'il allât parler - alors un grand silence se ferait, un lourd silence d'abord se gonflerait, un silence gros de mille tonnerres.
Visible, nous le verrions, le poète et voyant, il nous verrait ; et nous pâlirions dans nos pauvres ombres, nous lui en voudrions d'être si réel, nous les malingres, nous les gênés, nous les tout-chose.
Il serait ici, plein à craquer des multitudes des ennemis qu'il contient - car il les contient, et les contente quand il veut - incandescent de douleur et de sacrée tranquille comme un artificier, dans le grand silence il ouvrirait un petit robinet, le tous petit robinet du moulin à paroles, et par là nous lâcherait un poème, un tel poème qu'on en deviendrait vert.
Ce que je vais faire ne sera pas un vrai poème poétique de poète, car si le mot "guerre" était dit dans un vrai poème - alors la guerre, la vraie guerre dont parlerait le vrai poète, la guerre sans merci, la guerre sans compromis s'allumerait définitivement dans le dedans de nos coeurs.
Car dans un vrai poème les mots portent leurs choses.
Mais ce ne sera pas non plus discours philosophique. Car pour être philosophe, pour aimer la vérité plus que soi-même, il faut être mort à l'erreur, il faut avoir tué les traîtres complaisances du rêve et de l'illusion commode. Et cela, c'est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des traîtres à démasquer.
Et ce ne sera pas non plus oeuvre de science. Car pour être un savant, pour voir et aimer voir les choses telles qu'elles sont, il faut être soi-même, et aimer se voir, tel qu'on est. Il faut avoir brisé les miroirs menteurs, il faut avoir tué d'un regard impitoyable les fantômes insinuants. Et cela, c'est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des masques à arracher.
Et ce ne sera pas non plus un chant enthousiaste. Car l'enthousiasme est stable quand le dieu s'est dressé, quand les ennemis ne sont plus que des forces sans formes, quand le tintamarre de guerre tinte à tout casser, et la guerre est à peine commencée, nous n'avons pas encore jeté au feu notre literie.
Ce ne sera pas non plus une invocation magique, car le magicien demande à son dieu "Fais ce qui me plaît", et il refuse de faire la guerre à son pire ennemi, si l'ennemi lui plaît et pourtant ce ne sera pas davantage une prière de croyant, car le croyant demande à son Dieu : "Fais ce que tu veux", et pour cela il a dû mettre le fer et le feu dans les entrailles de son plus cher ennemi, - ce qui est le fait de la guerre, et la guerre est à peine commencée.
Ce sera un peu de tout cela, un peu d'espoir et d'effort vers tout cela, et ce sera aussi un peu un appel aux armes. Un appel que le jeu des échos pourra me renvoyer, et que peut-être d'autres entendront.
Vous devinez maintenant de quelle guerre je veux parler.
Des autres guerre - de celles que l'on subit - je ne parlerai pas. Si j'en parlais, ce serait de la littérature ordinaire, un substitut, un à-défaut, une excuse. Comme il m'est arrivé d'employer le mot "terrible" alors que je n'avais pas la chair de poule. Comme j'ai employé l'expression "crever de faim" alors que je n'en étais pas arrivé à voler aux étalages. Comme j'ai parlé de folie avant d'avoir tenté de regarder l'infini par le trou de la serrure. Comme j'ai parlé de mort, avant d'avoir senti ma langue prendre le goût de sel de l'irréparable. Comme certains parlent de pureté, qui se sont toujours considérés comme supérieurs au porc domestique. Comme certains parlent de liberté, qui adorent et repeignent leurs chaînes. Comme certains parlent d'amour, qui n'aiment que l'ombre d'eux-mêmes. Ou de sacrifice, qui ne se couperaient pour rien le plus petit doigt. Ou de connaissance, qui se déguisent à leurs propres yeux. Comme c'est notre grande maladie de parler pour ne rien voir.
Ce serait un substitut impuissant, comme des vieillards et des malades parlent volontiers des coups que donnent ou reçoivent les jeunes gens bien portants.
Ai-je donc le droit de parler de cette autre guerre - celle qu'on ne subit pas seulement alors qu'elle n'est peut-être pas irrémédiablement allumée en moi ? Alors que j'en suis encore aux escarmouches ? Certes, j'en ai rarement le droit. Mais "rarement le droit", cela veut dire aussi "quelquefois le devoir" et surtout "le besoin", car je n'aurai jamais trop d'alliés.
J'essaierai donc de parler de la guerre sainte.
Puisse-t-elle éclater d'une façon irréparable Elle s'allume bien, de temps en temps, ce n'est jamais pour très longtemps. Au premier semblant de victoire, je m'admire triompher, et je fais le généreux, et je pactise avec l'ennemi. Il y a des traîtres dans la maison, mais ils ont des mines d'amis, ce serait si déplaisant de les démasquer ! Ils ont leur place au coin du feu, leurs fauteuils et leurs pantoufles, et ils viennent quand je somnole, en m'offrant un compliment, une histoire palpitante ou drôle, des fleurs et des friandises, et parfois un beau chapeau à plumes. Ils parlent à la première personne, c'est ma voix que je crois entendre, c'est ma voix que je crois émettre : "je suis ..., je sais ... , Je veux..., qui me crient "Ne nous crève pas, nous sommes du même sang !", pustules qui pleurnichent : "Nous sommes ton seul bien, ton seul ornement, continue donc à nous nourrir, il ne t'en coûte pas tellement !".
Et ils sont nombreux, et ils sont charmants, ils sont pitoyables, ils sont arrogants, ils font du chantage, ils se coalisent mais ces barbares ne respectent rien - rien de vrai, je veux dire, car devant tout le reste, ils sont tire-bouchonnés de respect. C'est grâce à eux que je fais figure, ce sont eux qui occupent la place et tiennent les clefs de l'armoire aux masques. Ils me disent "Nous t'habillons sans nous, comment te présenterais-tu dans le beau monde ?" -Oh plutôt aller nu comme une larve !
Pour combattre ces armées, je n'ai qu'une toute petite épée, à peine visible à l'oeil nu, coupante comme un rasoir, c'est vrai, et très meurtrière. Mais si petite vraiment, que je la perds à chaque instant. Je ne sais jamais où je l'ai fourrée. Et quand je l'ai retrouvée, alors je la trouve lourde à porter, et difficile à manier, ma meurtrière petite épée.
Moi, je sais dire à peine quelques mots, et encore ce sont plutôt des vagissements, tandis qu'eux, ils savent même écrire. Il y en a toujours un dans ma bouche, qui guette mes paroles quand je voudrais parler. Il les écoute, garde tout pour lui, et parle à ma place, avec les mêmes mots - mais son immonde accent. Et c'est grâce à lui qu'on me considère, et qu'on me trouve intelligent. (Mais ceux qui savent ne s'y trompent pas : puissè-je entendre ceux qui savent !)
Ces fantômes me volent tout. Après cela, ils ont beau jeu de m'apitoyer "Nous te protégeons, nous t'exprimons, nous te faisons valoir. Et tu veux nous assassiner ! Mais c'est toi-même que tu déchires, quand tu nous rabroues, quand tu nous tapes méchamment sur notre sensible nez, à nous tes bons amis."
Et la sale pitié, avec ses tiédeurs, vient m'affaiblir. Contre vous, fantômes, toute la lumière ! Que j'allume la lampe, et vous vous tairez. Que j'ouvre un oeil, et vous disparaîtrez. Car vous êtes du vide sculpté, du néant grimé. Contre vous, la guerre à outrance. Nulle pitié, nulle tolérance. Un seul droit : le droit du plus être.
Mais maintenant, c'est une autre chanson. Ils se sentent repérés. Alors, ils font les conciliants. "En effet, c'est toi le maître. Mais qu'est-ce qu'un maître sans serviteurs ? Garde-nous à nos modestes places, nous promettons de t'aider. Tiens, par exemple : figures-toi que tu veuilles écrire un poème. Comment ferais-tu sans nous ?"
Oui, rebelles, un jour je vous remettrai à vos places. Je vous courberai sous mon joug, je vous nourrirai de foin, et vous étrillerai chaque matin. Mais tant que vous sucerez mon sang et volerez ma parole, oh ! plutôt jamais n'écrire de poèmes !
Voyez la paix qu'on me propose. Fermer les yeux pour ne pas voir le crime. S'agiter du matin au soir pour ne pas voir la mort toujours béante. Se croire victorieux avant d'avoir lutté. Paix de mensonge ! S'accommoder de ses lâchetés, puisque tout le monde s'en accommode. Paix de vaincus Un peu de crasse, un peu d'ivrognerie, un peu de blasphème, sous des mots d'esprit, un peu de mascarade, dont on fait vertu, un peu de paresse et de rêverie, et même beaucoup si l'on est artiste, un peu de tout cela, avec, autour, toute une boutique de confiserie de belles paroles, voilà la paix qu'on me propose. Paix de vendus ! Et pour sauvegarder cette paix honteuse, on ferait tout, on ferait la guerre à son semblable. Car il existe une vieille et sûre recette pour conserver toujours la paix en soi : c'est d'accuser toujours les autres. Paix de trahison !
Vous savez maintenant que je veux parler de la guerre sainte.
Celui qui a déclaré cette guerre en lui, il est en paix avec ses semblables, et, bien qu'il soit tout entier le champ de la plus violente bataille, au-dedans du dedans de lui-même règne une paix plus active que toutes les guerres. Et plus règne la paix au- dedans du dedans, dans le silence et la solitude centrale, plus fait rage la guerre contre le tumulte des mensonges et l'innombrable illusion.
Dans ce vaste silence bardé de cris de guerre, caché du dehors par le fuyant mirage du temps, l'éternel vainqueur entend les voix d'autres silences. Seul, ayant dissous l'illusion de n'être pas seul, seul, il n'est plus seul à être seul. Mais je suis séparé de lui par ces armées de fantômes que je dois anéantir. Puissè-je un jour m'installer dans cette citadelle Sur les remparts, que je sois déchiré jusqu'à l'os, pour que le tumulte n'entre pas la chambre royale !
"Mais tuerai-je ?" demande Ardjouna le guerrier. "Paiera-je le tribut à César ?" demande un autre. - tue, est-il répondu, si tu es un tueur. Tu n'as pas le choix. Mais si tes mains se rougissent du sang des ennemis, n'en laisses pas une goutte éclabousser la chambre royale, où attend le vainqueur immobile. - Paie, est-il répondu, mais ne laisse pas César jeter un seul coup d'oeil sur le trésor royal.
Et moi qui n'ai pas d'autre arme, dans le monde de César, que la parole, moi qui n'ai d'autre monnaie, dans le monde de César, que des mots, parlerai-je ?
Je parlerai pour m'appeler à la guerre sainte. Je parlerai pour dénoncer les traîtres que j'ai nourris. Je parlerai pour que mes paroles fassent honte à mes actions, jusqu'au jour où une paix cuirassée de tonnerre règnera dans la chambre de l'éternel vainqueur.
Et parce que j'ai employé le mot de guerre, et que ce mot de guerre n'est plus aujourd'hui un simple bruit que les gens instruits font avec leurs bouches, parce que c'est maintenant un mot sérieux et lourd de sens, on saura que je parle sérieusement et que ce ne sont pas de vains bruits que je fais avec ma bouche.
Printemps 1940 >>
note : ceci peut constituer une introduction au jihâd ésotérique (el-jihâdul akbar), tel qu'indiqué ici <<> La “grande guerre sainte” est toutefois à la “petite guerre sainte” ce que l'âme est au corps, et il est fondamental, pour comprendre l'ascèse héroïque ou “voie de l'action”, de comprendre la situation où les deux choses se confondent, la “petite guerre sainte” devenant le moyen par lequel se réalise une “grande guerre sainte” et, vice-versa, la “petite guerre sainte” - la guerre extérieure - devenant presque une action rituelle qui exprime et atteste la réalité de la première. En effet, l'Islam orthodoxe ne conçut à l'origine qu'une seule forme d'ascèse: celle qui se relie précisément au jihâd, à la “guerre sainte”. La “grande guerre sainte” est la lutte de l'homme contre les ennemis qu'il porte en soi. Plus exactement, c'est la lutte du principe le plus élevé chez l'homme contre tout ce qu'il y a de simplement humain en lui,
contre sa nature inférieure, contre ce qui est impulsion désordonnée et attachement matériel. >>
par René Daumal :
<< Je vais faire un poème sur la guerre. Ce ne sera peut-être pas un vrai poème, mais ce sera sur une vraie guerre.
Ce ne sera pas un vrai poème, parce que le vrai poète, s'il était ici, et si le bruit se répandait parmi la foule qu'il allât parler - alors un grand silence se ferait, un lourd silence d'abord se gonflerait, un silence gros de mille tonnerres.
Visible, nous le verrions, le poète et voyant, il nous verrait ; et nous pâlirions dans nos pauvres ombres, nous lui en voudrions d'être si réel, nous les malingres, nous les gênés, nous les tout-chose.
Il serait ici, plein à craquer des multitudes des ennemis qu'il contient - car il les contient, et les contente quand il veut - incandescent de douleur et de sacrée tranquille comme un artificier, dans le grand silence il ouvrirait un petit robinet, le tous petit robinet du moulin à paroles, et par là nous lâcherait un poème, un tel poème qu'on en deviendrait vert.
Ce que je vais faire ne sera pas un vrai poème poétique de poète, car si le mot "guerre" était dit dans un vrai poème - alors la guerre, la vraie guerre dont parlerait le vrai poète, la guerre sans merci, la guerre sans compromis s'allumerait définitivement dans le dedans de nos coeurs.
Car dans un vrai poème les mots portent leurs choses.
Mais ce ne sera pas non plus discours philosophique. Car pour être philosophe, pour aimer la vérité plus que soi-même, il faut être mort à l'erreur, il faut avoir tué les traîtres complaisances du rêve et de l'illusion commode. Et cela, c'est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des traîtres à démasquer.
Et ce ne sera pas non plus oeuvre de science. Car pour être un savant, pour voir et aimer voir les choses telles qu'elles sont, il faut être soi-même, et aimer se voir, tel qu'on est. Il faut avoir brisé les miroirs menteurs, il faut avoir tué d'un regard impitoyable les fantômes insinuants. Et cela, c'est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des masques à arracher.
Et ce ne sera pas non plus un chant enthousiaste. Car l'enthousiasme est stable quand le dieu s'est dressé, quand les ennemis ne sont plus que des forces sans formes, quand le tintamarre de guerre tinte à tout casser, et la guerre est à peine commencée, nous n'avons pas encore jeté au feu notre literie.
Ce ne sera pas non plus une invocation magique, car le magicien demande à son dieu "Fais ce qui me plaît", et il refuse de faire la guerre à son pire ennemi, si l'ennemi lui plaît et pourtant ce ne sera pas davantage une prière de croyant, car le croyant demande à son Dieu : "Fais ce que tu veux", et pour cela il a dû mettre le fer et le feu dans les entrailles de son plus cher ennemi, - ce qui est le fait de la guerre, et la guerre est à peine commencée.
Ce sera un peu de tout cela, un peu d'espoir et d'effort vers tout cela, et ce sera aussi un peu un appel aux armes. Un appel que le jeu des échos pourra me renvoyer, et que peut-être d'autres entendront.
Vous devinez maintenant de quelle guerre je veux parler.
Des autres guerre - de celles que l'on subit - je ne parlerai pas. Si j'en parlais, ce serait de la littérature ordinaire, un substitut, un à-défaut, une excuse. Comme il m'est arrivé d'employer le mot "terrible" alors que je n'avais pas la chair de poule. Comme j'ai employé l'expression "crever de faim" alors que je n'en étais pas arrivé à voler aux étalages. Comme j'ai parlé de folie avant d'avoir tenté de regarder l'infini par le trou de la serrure. Comme j'ai parlé de mort, avant d'avoir senti ma langue prendre le goût de sel de l'irréparable. Comme certains parlent de pureté, qui se sont toujours considérés comme supérieurs au porc domestique. Comme certains parlent de liberté, qui adorent et repeignent leurs chaînes. Comme certains parlent d'amour, qui n'aiment que l'ombre d'eux-mêmes. Ou de sacrifice, qui ne se couperaient pour rien le plus petit doigt. Ou de connaissance, qui se déguisent à leurs propres yeux. Comme c'est notre grande maladie de parler pour ne rien voir.
Ce serait un substitut impuissant, comme des vieillards et des malades parlent volontiers des coups que donnent ou reçoivent les jeunes gens bien portants.
Ai-je donc le droit de parler de cette autre guerre - celle qu'on ne subit pas seulement alors qu'elle n'est peut-être pas irrémédiablement allumée en moi ? Alors que j'en suis encore aux escarmouches ? Certes, j'en ai rarement le droit. Mais "rarement le droit", cela veut dire aussi "quelquefois le devoir" et surtout "le besoin", car je n'aurai jamais trop d'alliés.
J'essaierai donc de parler de la guerre sainte.
Puisse-t-elle éclater d'une façon irréparable Elle s'allume bien, de temps en temps, ce n'est jamais pour très longtemps. Au premier semblant de victoire, je m'admire triompher, et je fais le généreux, et je pactise avec l'ennemi. Il y a des traîtres dans la maison, mais ils ont des mines d'amis, ce serait si déplaisant de les démasquer ! Ils ont leur place au coin du feu, leurs fauteuils et leurs pantoufles, et ils viennent quand je somnole, en m'offrant un compliment, une histoire palpitante ou drôle, des fleurs et des friandises, et parfois un beau chapeau à plumes. Ils parlent à la première personne, c'est ma voix que je crois entendre, c'est ma voix que je crois émettre : "je suis ..., je sais ... , Je veux..., qui me crient "Ne nous crève pas, nous sommes du même sang !", pustules qui pleurnichent : "Nous sommes ton seul bien, ton seul ornement, continue donc à nous nourrir, il ne t'en coûte pas tellement !".
Et ils sont nombreux, et ils sont charmants, ils sont pitoyables, ils sont arrogants, ils font du chantage, ils se coalisent mais ces barbares ne respectent rien - rien de vrai, je veux dire, car devant tout le reste, ils sont tire-bouchonnés de respect. C'est grâce à eux que je fais figure, ce sont eux qui occupent la place et tiennent les clefs de l'armoire aux masques. Ils me disent "Nous t'habillons sans nous, comment te présenterais-tu dans le beau monde ?" -Oh plutôt aller nu comme une larve !
Pour combattre ces armées, je n'ai qu'une toute petite épée, à peine visible à l'oeil nu, coupante comme un rasoir, c'est vrai, et très meurtrière. Mais si petite vraiment, que je la perds à chaque instant. Je ne sais jamais où je l'ai fourrée. Et quand je l'ai retrouvée, alors je la trouve lourde à porter, et difficile à manier, ma meurtrière petite épée.
Moi, je sais dire à peine quelques mots, et encore ce sont plutôt des vagissements, tandis qu'eux, ils savent même écrire. Il y en a toujours un dans ma bouche, qui guette mes paroles quand je voudrais parler. Il les écoute, garde tout pour lui, et parle à ma place, avec les mêmes mots - mais son immonde accent. Et c'est grâce à lui qu'on me considère, et qu'on me trouve intelligent. (Mais ceux qui savent ne s'y trompent pas : puissè-je entendre ceux qui savent !)
Ces fantômes me volent tout. Après cela, ils ont beau jeu de m'apitoyer "Nous te protégeons, nous t'exprimons, nous te faisons valoir. Et tu veux nous assassiner ! Mais c'est toi-même que tu déchires, quand tu nous rabroues, quand tu nous tapes méchamment sur notre sensible nez, à nous tes bons amis."
Et la sale pitié, avec ses tiédeurs, vient m'affaiblir. Contre vous, fantômes, toute la lumière ! Que j'allume la lampe, et vous vous tairez. Que j'ouvre un oeil, et vous disparaîtrez. Car vous êtes du vide sculpté, du néant grimé. Contre vous, la guerre à outrance. Nulle pitié, nulle tolérance. Un seul droit : le droit du plus être.
Mais maintenant, c'est une autre chanson. Ils se sentent repérés. Alors, ils font les conciliants. "En effet, c'est toi le maître. Mais qu'est-ce qu'un maître sans serviteurs ? Garde-nous à nos modestes places, nous promettons de t'aider. Tiens, par exemple : figures-toi que tu veuilles écrire un poème. Comment ferais-tu sans nous ?"
Oui, rebelles, un jour je vous remettrai à vos places. Je vous courberai sous mon joug, je vous nourrirai de foin, et vous étrillerai chaque matin. Mais tant que vous sucerez mon sang et volerez ma parole, oh ! plutôt jamais n'écrire de poèmes !
Voyez la paix qu'on me propose. Fermer les yeux pour ne pas voir le crime. S'agiter du matin au soir pour ne pas voir la mort toujours béante. Se croire victorieux avant d'avoir lutté. Paix de mensonge ! S'accommoder de ses lâchetés, puisque tout le monde s'en accommode. Paix de vaincus Un peu de crasse, un peu d'ivrognerie, un peu de blasphème, sous des mots d'esprit, un peu de mascarade, dont on fait vertu, un peu de paresse et de rêverie, et même beaucoup si l'on est artiste, un peu de tout cela, avec, autour, toute une boutique de confiserie de belles paroles, voilà la paix qu'on me propose. Paix de vendus ! Et pour sauvegarder cette paix honteuse, on ferait tout, on ferait la guerre à son semblable. Car il existe une vieille et sûre recette pour conserver toujours la paix en soi : c'est d'accuser toujours les autres. Paix de trahison !
Vous savez maintenant que je veux parler de la guerre sainte.
Celui qui a déclaré cette guerre en lui, il est en paix avec ses semblables, et, bien qu'il soit tout entier le champ de la plus violente bataille, au-dedans du dedans de lui-même règne une paix plus active que toutes les guerres. Et plus règne la paix au- dedans du dedans, dans le silence et la solitude centrale, plus fait rage la guerre contre le tumulte des mensonges et l'innombrable illusion.
Dans ce vaste silence bardé de cris de guerre, caché du dehors par le fuyant mirage du temps, l'éternel vainqueur entend les voix d'autres silences. Seul, ayant dissous l'illusion de n'être pas seul, seul, il n'est plus seul à être seul. Mais je suis séparé de lui par ces armées de fantômes que je dois anéantir. Puissè-je un jour m'installer dans cette citadelle Sur les remparts, que je sois déchiré jusqu'à l'os, pour que le tumulte n'entre pas la chambre royale !
"Mais tuerai-je ?" demande Ardjouna le guerrier. "Paiera-je le tribut à César ?" demande un autre. - tue, est-il répondu, si tu es un tueur. Tu n'as pas le choix. Mais si tes mains se rougissent du sang des ennemis, n'en laisses pas une goutte éclabousser la chambre royale, où attend le vainqueur immobile. - Paie, est-il répondu, mais ne laisse pas César jeter un seul coup d'oeil sur le trésor royal.
Et moi qui n'ai pas d'autre arme, dans le monde de César, que la parole, moi qui n'ai d'autre monnaie, dans le monde de César, que des mots, parlerai-je ?
Je parlerai pour m'appeler à la guerre sainte. Je parlerai pour dénoncer les traîtres que j'ai nourris. Je parlerai pour que mes paroles fassent honte à mes actions, jusqu'au jour où une paix cuirassée de tonnerre règnera dans la chambre de l'éternel vainqueur.
Et parce que j'ai employé le mot de guerre, et que ce mot de guerre n'est plus aujourd'hui un simple bruit que les gens instruits font avec leurs bouches, parce que c'est maintenant un mot sérieux et lourd de sens, on saura que je parle sérieusement et que ce ne sont pas de vains bruits que je fais avec ma bouche.
Printemps 1940 >>
note : ceci peut constituer une introduction au jihâd ésotérique (el-jihâdul akbar), tel qu'indiqué ici <<> La “grande guerre sainte” est toutefois à la “petite guerre sainte” ce que l'âme est au corps, et il est fondamental, pour comprendre l'ascèse héroïque ou “voie de l'action”, de comprendre la situation où les deux choses se confondent, la “petite guerre sainte” devenant le moyen par lequel se réalise une “grande guerre sainte” et, vice-versa, la “petite guerre sainte” - la guerre extérieure - devenant presque une action rituelle qui exprime et atteste la réalité de la première. En effet, l'Islam orthodoxe ne conçut à l'origine qu'une seule forme d'ascèse: celle qui se relie précisément au jihâd, à la “guerre sainte”. La “grande guerre sainte” est la lutte de l'homme contre les ennemis qu'il porte en soi. Plus exactement, c'est la lutte du principe le plus élevé chez l'homme contre tout ce qu'il y a de simplement humain en lui,
contre sa nature inférieure, contre ce qui est impulsion désordonnée et attachement matériel. >>
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